Les hasards de la vie font que je retrouve Jean-Louis Clarr dans un hôtel qu'il tient à Hyères en France. Et surtout, j'ai le privilège de devenir son ami. Surréaliste! Je lisais ses exploits dans la revue Echappement quand j'avais 14 ans. Aurais-je pu m'imaginer que ma route allait un jour croiser la sienne ?

Au fil de nos conversations, je découvre une personnalité attachante, un gentleman. Jean-Louis ne manie pas la langue de bois. Néanmoins, il analyse chaque situation avec sagesse et élégance. Jamais de critique ou d’attitude négative, ni de coups bas, avec lui. L'homme n'a plus rien à prouver et il évolue avec l'assurance, la sagesse et la noblesse d'âme des grands champions. A la fois abordable et intouchable, sensible et lucide, Jean-Louis Clarr passionne et impressionne.

Flash back sur une carrière plutôt impressionnante

Jean-Louis Clarr débute en compétition en 1967 au Rallye du Touquet sur une R8 Gordini. Il a alors 24 ans. Il ne lui faut pas plus d’une année pour déjà s’imposer en groupe 2 au Jeanne D’Arc et au rallye des 2 Vallées.

Très vite, on retrouve son nom en haut des classements des plus belles épreuves de France et d'ailleurs. Entre 1968 et 1982, il va s’imposer 59 fois dans son groupe et remporter 9 victoires scratch dans des rallyes internationaux ! On le verra surtout sur des Opel, mais également sur BMW et Porsche 911.

Il gagne par exemple le Rallye des 1000 Pistes devant Andruet en 1976. Son nom apparaît sur la plus haute marche du podium au Tour de la Reunion en 78… A chaque fois, il est fidèle à l’Opel Kadett GT/E !

Roi du groupe 1…

Le patron du groupe 1, c'est lui. Beaucoup viennent se frotter à lui. Aucun ne s'imposera! Pendant plusieurs années, il rafle tout. Son palmarès est éloquent. A chaque fois qu'une Opel s'impose dans la catégorie des véhicules de série, c'est le nom de ce chimiste parisien qui est derrière!

Reconnu par ses pairs comme un pilote d'exception, Jean-Louis Clarr décide évidemment de passer à l'échelle supérieure. Enfin, en 1981, il concrétise un programme en OPEL ASCONA 400 groupe 4. Malheureusement pour des raisons plutôt de politique interne propre à la marque au Blitz, les résultats ne sont pas à la hauteur des ambitions légitimes du parisien même si il termine sur le podium au Tourraine, au Lyon-Charbonnières au Mont-Blanc et au Var. Mais ce qui intéresse ce pilote décidé, c’est la victoire.

…. et la machine se casse !

Après la déconvenue OPEL ASCONA 400, Jean-Louis rebondit. Il obtient le volant d'une prometteuse Lancia 037 groupe B qui doit logiquement lui permettre de truster les podiums. On le verra aux couleurs Martini. Une superbe auto mais un cadeau véritablement empoisonné! Clarr ne connaîtra aucun succès avec cette auto. Enfin, tout est relatif, Jean-Louis inscrit son nom à la 3è place du Tour de France Auto en 1982 !

Lassé, avec cette force de caractère qui le caractérise, Jean-Louis Clarr décide de mettre un terme à sa carrière. Il s'installe à Hyères et devient hôtelier. Pendant plus de vingt ans !

Avec la lucidité et la simplicité qui lui sont propres, Jean-Louis explique:
"Pour moi, l'arrêt de la compétition a été une sorte de soulagement car il a mis fin à une période de galère avec l'Ascona 400 et la Lancia 037 au volant desquelles  je n'ai pas obtenu les résultats escomptés. J'avais le sentiment d'être à mon meilleur niveau mais pour un tas de raisons indépendantes de ma volonté, même si nous étions parfois compétitifs, ça ne se traduisait pas par des victoires. Mes relations humaines avec le "milieu" en ont souffert et j'ai été très déçu par l'attitude de gens auxquels j'avais été fidèle pendant tant d'années. De plus ayant vécu pendant 15 ans avec comme unique passion le sport auto qui occupait 99% de mon temps j'avais aussi besoin de connaître autre chose.
Il ne m'a donc pas été difficile d'arrêter, j'ai complètement coupé les ponts avec le milieu et pendant plus de 20 ans j'ai occulté tout ce qui me rattachait à ce passé."

 
La magie du net

Un peu nostalgique, Jean-Louis découvre les joies du net et des forums de discussion. Il crée le topic des Anciens Rallymen sur un forum automobile en accord avec une autre ex-pointure de l'Est, Jan-Hug Hazard. De fils en aiguille, des relations vont se nouer. Des rencontres vont avoir lieu. Jusqu'à déboucher sur l'impensable. A plus de 60 ans, Clarr fait son retour !!!

D'abord, on le voit prendre le départ du Costa Brava 2007 où un ami lui offre le volant de la copie conforme de l'Ascona avec laquelle il disputa le rallye en 1980! Mais il s'agit d'un rallye de régularité et cette façon d'aborder le rallye ne lui plaît pas vraiment. Clarr est un compétiteur avant tout. Son truc, c'est la vitesse. On le voit également à la côte de Murs, toujours avec cette Ascona.

Et nous le retrouvons à la Giraglia 2008 organisée par Yves Loubet, une autre pointure des rallyes. Cette fois, Jean-Louis retrouve le volant d'une superbe Opel Kadett GT/E prêtée par Jean-François Quintard, un membre du ROCS !! Cette Opel est engagée en "VHC" et non en "régularité". Elle sera assistée par une poignée de fidèles amis.

Au départ, il retrouve Manzagol (Alpine) et surtout Jean-Claude Andruet (Porsche), les adversaires coriaces d'hier vont encore en découdre !

Certes le matériel est un peu différent mais ces monuments du sport auto vont encore prouver toute l'immensité de leur talent! Jean-Louis Clarr est barré en puissance, les pneumatiques sont de vulgaires Yokohama, mais qu'importe, l'enfant terrible retrouve vite ses sensations. Et même si il me confiait, une semaine avant le départ, ne vouloir prendre aucun risque, la performance est de taille avec une 10è place au classement général. Connaissant Jean-Louis Clarr, pouvait-il en être autrement?

La Belle Histoire…

Une autre particularité du personnage réside en la richesse de ses anecdotes. Je ne résiste pas au plaisir d'en partager une avec vous.

"Au Tour Auto 77 j'étais en bagarre avec Jean Louis Ravenel et sa Commodore. Je le devançais largement dans les spéciales routières. Mais sur les circuits qui représentaient un kilométrage très élevé dans ce Tour Auto 77 il me prenait 3 à 4 secondes au tour ce qui est considérable. 

Pour Dijon qui était le dernier circuit et où il y avait deux séries nous avions calculé avec Vincent Laverne mon coéquipier qu'ilne fallait pas concéder plus de 3 secondes au tour pour préserver toutes nos chances de victoire compte tenu du kilométrage de spéciales restant. 

Dès le premier tour Ravenel s'est "envolé" et je me suis retrouvé derrière "Oeil de Lynx" (pseudo de Pascal Moisson un bon pistard de l'époque) sur une Kadett lui aussi. Dans la longue ligne droite, je revenais sur lui à l'aspiration mais impossible de passer. Je me suis alors décidé à le "pousser" et nos 2 autos ne faisant plus qu'une, cette technique nous a fait gagner plusieurs centaines de tours moteur au bout de la ligne droite soit environ 3 secondes au tour.

Etant le "poussant" mon moteur a commencé à chauffer et j'ai passé Moisson dans une manoeuvre un peu kamikaze pour qu'il se retrouve derrière et me pousse à son tour. Nous avons alors changé de position à chaque tour et la technique s'est avérée très efficace car nous avons stabilisé l'écart avec Ravenel qui ne comprenait pas le panneautage de son stand. Son équipier alors a averti la direction de course, qui jusque-là ne s'était pas offusquée du spectacle que nous produisions, pour signaler notre conduite "illégale" et  demander notre arrêt au drapeau noir.

Peine perdue car au bout de la ligne droite, juste après que nous nous soyons décrochés, Moisson a freiné 10 mètres plus tôt qu'à l'accoutumée et je l'ai percuté ce qui explique l'état de mon pare-chocs et de mon capot. Dans le tour qui a suivi il a fait une incursion en dehors de la piste dans les grillages de protection et a perdu beaucoup de temps; je me retrouvais donc "seul" et Ravenel recommençait à me prendre plusieurs secondes au tour.

Malheureusement pour lui il grippait un roulement de roue avant et devait finir l'épreuve au ralenti hypothéquant toutes ses chances. A l'issue de ce circuit j'étais largement en tête du groupe 1 et 10ème au scratch et je n'avais plus qu'à me laisser glisser jusqu'à l'arrivée à Nice. Mais, je me suis rendu compte que, devant moi 2 Porsche (Bos et Rey) et une Opel groupe 2 (Daumet) n'étaient qu'à quelques minutes et qu'il restait de belles épreuves routières dont le Burzet.

Nous nous sommes concerté avec Vincent et l'on s'est dit "on essaye" (malgré les consignes de prudence de Marc Cerneau le patron de la BP, mon principal sponsor). La dernière étape a donc été mise à profit pour attaquer au maximun (avec un temps scratch dans le brouillard du Burzet devant Bernard Darniche et Michèle Mouton) et à l'arrivée les Porsche et l'Opel étaient .... loin derrière et nous avions gagné 3 places.

Conclusion : je n'ai jamais su "assurer" . incent Laverne a relaté son expérience avec moi dans un long article d'Echappement."

Pour sûr, l'ami Jean-Louis n'a pas fini de flamboyer derrière un volant !!